Une brève histoire de SQEBC

par Louis Lefebvre (Université McGill, Montréal)

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La SQÉBC est née à l'initiative d'un groupe d'étudiants gradués en éthologie de l'Université de Montréal (Départements des Sciences biologiques et de Psychologie). Réunis d'abord en groupe de discussion, ces derniers, travaillant presque tous avec le Professeur Georg Baron, sentirent très tôt le besoin de réunir toutes les personnes intéressées au Québec à ce qu'on appellait alors l'éthologie.

Ce besoin s'insérait dans une situation assez particulière à l'époque: en premier lieu, il y avait un intérêt très fort, tant au niveau universitaire que populaire, pour l'éthologie, dans la mouvance du Prix Nobel attribué en 1973 à Konrad Lorenz, Niko Tinbergen et Karl von Frisch. Deuxièmement, cet intérêt se manifestait par une demande très forte au niveau des études graduées, couplé à une sous-représentation au niveau du corps professoral. Cette situation était frappante à l'Université de Montréal : en psychologie, les étudiants intéressés par l'éthologie devaient se trouver un superviseur non spécialisé dans la discipline; en biologie, pour diriger ses nombreux étudiants, Georg Baron devait concilier ses intérêts pour la neuro-anatomie et l'éthologie.

Troisièmement, l'aspect inter-disciplinaire de l'éthologie (à l'époque, le domaine intéressait à peu près également les zoologistes et les psychologues) rendait sa croissance plus difficile, chaque département renvoyant un peu la balle à l'autre. Quatrièmement, il n'existait dans l'esprit du groupe fondateur aucun instrument susceptible de combler le vide qu'ils ressentaient. Il a été clair dès le départ, par exemple, que des liens intéressants pouvaient être faits avec les chercheurs anglophones du Québec, ce qui excluait d'emblée l'affiliation à une association linguistiquement définie comme l'ACFAS. Avant son assemblée officielle de fondation, le 15 novembre 1975 et son incorporation légale en juin 1975, la SQÉBC a donc une préhistoire. C'est la chronique de cette préhistoire que je veux décrire dans ce numéro, grâce aux archives de la SQÉBC et les souvenirs de quelques membres du début.

La SQÉBC avant la SQÉBC : l'Association des Étudiants Gradués en Éthologie

La première réunion documentée du noyau fondateur de la SQÉBC a eu lieu le 10 décembre 1974 à la station de biologie de l'Université de Montréal, à Ste-Hyppolite. Dès le début, le groupe s'est efforcé d'encadrer ce qui aurait pu n'être qu'une série de discussions informelles : ordre du jour, procès-verbal, secrétaire et président d'assemblée qui changeaient à chaque réunion, désignation du groupe comme "l'Association des Étudiants Gradués en Éthologie". Étaient présents à cette première réunion le Professeur Georg Baron et ses étudiants gradués de l'époque, François Doré, Viviane Gagnon, Robert Joly, Pierre Murray, François-Marie Pépin, Jacques Prescott et Léonard Ricard.

Des réunions mensuelles furent par la suite tenues jusqu'en avril 1975, Dominique Décarie s'étant entretemps jointe au groupe en janvier et moi-même en mars. Ces réunions mensuelles incluaient généralement un séminaire présenté par un étudiant sur son sujet de thèse, des mises au point sur le fichier de références mis en commun par les étudiants, de même que des discussions sur les façons de stimuler l'éthologie au Québec, sur les contacts à établir avec divers groupes, et sur les carences en personnel technique et professoral dans le domaine.

À la réunion du 9 avril 1975, il fut proposé de prendre contact pendant l'été avec tous les chercheurs québécois intéressés à l'éthologie et, à l'automne, d'élargir formellement l'Association à l'échelle du Québec. La réunion du 8 octobre 1975 confirma l'intérêt de plusieurs personnes pour une future "Société québécoise d'éthologie" (c'était le nom proposé à l'époque) : des réponses favorables avaient été reçues de l'UQAM (Jacques Beaugrand et Jean Gingras), de l'Université Laval (les archives mentionnent, sans les nommer, 5 personnes en biologie et 2 en psychologie), de l'Université McGill (Don Kramer indiquait un intérêt de la part de 5 personnes), de l'UQAR (Jean Ferron) et de l'École de Médecine Vétérinaire à Ste-Hyacinthe (Olivier Garon et ses étudiants). Les archives notent une absence de réponse de la part des Universités de Sherbrooke et Concordia (à l'époque Sir Georges Williams), pourtant devenues extrêmement actives depuis.

L'assemblée de fondation

Suite à ces démarches, une demande d'incorporation fut déposée auprès du Gouvernement du Québec par le conseil d'administration temporaire (Georg Baron, Viviane Gagnon, Robert Joly, Louis Lefebvre et Roger Ward) et une assemblée formelle de fondation convoquée le 15 novembre 1975. Un projet de règlements et de charte fut envoyé aux intéressés. Vingt-cinq personnes sont identifiées comme présentes à l'assemblée de fondation (soit que ce chiffre est inexact, soit qu'il y a eu des votes mal comptés, le procès-verbal indiquant parfois un total de 27 ou 28 votants...) : Robert Steele (Champlain Regional College, Lennoxville); Don Kramer et Neil Brown (McGill, biologie); Jacques Beaugrand (Université du Québec à Montréal, psychologie); Jean Gingras (Université du Québec à Montréal, biologie); Suzanne Marceau, Renée Larochelle, Claudette Beaumont, Daniel Paquette, Sylvie Boissonneault, Robert Joly, Jean-Pierre Sabourin, Jacques Prescott, Viviane Gagnon, Dominique Décarie, Léonard Ricard, Pierre Murray, François-Marie Pépin et Georg Baron (Université de Montréal, sciences biologiques); Suzanne Brissette, Nanouk Daudelin, Mireille Mathieu, Louis Lefebvre et François Doré (Université de Montréal, psychologie); Jean Ferron (Université du Québec à Rimouski).

L'assemblée de fondation s'est penchée sur plusieurs questions qui redonnées par le président d'assemblée ou par un membre de l'assemblée, ils pourront demander qu'elles leur soient résumées en anglais." (extrait du procès-verbal).

Il y eut aussi la question du nom : l'appellation provisoire de "Société Québécoise d'Éthologie" fut remplacée, sur proposition de Georg Baron, par celle de "Société Québécoise pour l'Étude Biologique du Comportement". Le projet de charte a été entériné ou modifié règlement par règlement et des élections, parfois chaudement disputées par trois ou quatre candidats (cela ne s'est pas souvent vu depuis...), ont donné le comité exécutif suivant : Jean Gingras, président; Don Kramer, vice-président; Louis Lefebvre, secrétaire; Jacques Prescott, trésorier; Robert Joly, conseiller. Ce comité avait comme mandat de faire circuler l'information sur la société et les activités concernant le comportement, d'organiser un premier congrès annuel et de mettre sur pied un bulletin. Il fut aussi question de la mise sur pied éventuelle d'un centre de documentation.

Les buts déclarés de la société étaient de (1) "réunir pour des fins scientifiques tous ceux qui s'intéressent au comportement animal en général et à l'éthologie animale et humaine; ces personnes peuvent provenir de biologie, psychologie, anthropologie ou tout autre domaine de recherche impliquant un intérêt pour l'éthologie; (2) mettre en commun les connaissances et les moyens; (3) favoriser la recherche, la discussion théorique et les échanges en général entre chercheurs par le moyen de congrès, conférences, etc.; (4) assurer la diffusion de ces connaissances par le moyen de publications; (5) s'organiser pour que l'éthologie prenne une place plus importante au Québec tant au niveau de la recherche que de l'enseignement universitaire; (6) faire connaître l'éthologie québécoise au public en général."

La SQÉBC venait de démarrer. Quarante ans plus tard, a-t-elle atteint les six objectifs qu'elle s'était fixée?

 

Louis Lefebvre,
Département de biologie, Université McGill

2013

Louis Lefebvre
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